À partir du 1er janvier 2027, une parcelle de vigne (ou une partie de parcelle) touchée par la flavescence dorée pourrait devoir être arrachée au-delà de 10 % de ceps atteints, contre un arrachage dès 20 % aujourd’hui. Le projet d’arrêté national soumis à consultation par le ministère de l’Agriculture ne fixe pas lui-même le chiffre : il laisse chaque préfet de région le placer entre 10 et 20 %. Dans les zones où l’État a renoncé à éradiquer la maladie, le seuil reste à 20 %.
Flavescence dorée : ce que prévoit le projet d'arrêté
- Le projet prévoit d’abroger et de remplacer l’arrêté du 27 avril 2021 relatif à la lutte contre la flavescence dorée, avec une entrée en vigueur envisagée le 1er janvier 2027.
- En zone d’éradication, l’arrachage de la parcelle ou de la partie de parcelle touchée intervient au-delà d’un seuil compris entre 10 et 20 % de ceps atteints sur trois campagnes, fixé par le préfet de région.
- En zone d’enrayement, là où la maladie ne peut plus être éradiquée, le seuil reste à 20 % et les vignerons doivent bâtir un plan d’action collectif.
- L’annexe 1 du projet ne liste comme zones exemptes que le Bas-Rhin et le Haut-Rhin (sauf la commune de Turckheim).
- Notre calcul : dans une vigne de 5 000 pieds par hectare, l’arrachage total interviendrait au-delà de 500 ceps atteints par hectare dans le cas le plus strict, contre 1 000 aujourd’hui.
Un seuil qui devient régional
Le ministère de l’Agriculture a publié le projet sur sa page de consultation publique, ouverte le 8 octobre 2026 avec une clôture initialement prévue le 30 octobre, puis une prolongation annoncée. Le cœur du changement tient en une ligne de l’article 9 du projet d’arrêté : toute parcelle ou partie de parcelle est arrachée lorsque le taux de ceps infectés ou présentant des symptômes de jaunisse, cumulé sur trois campagnes au plus, « est supérieur à une valeur comprise entre 10 et 20 %, fixée par arrêté du préfet de région ».
Jusqu’ici, la règle était la même partout : arrachage dès 20 %. Vitisphere titre sur un seuil « bientôt abaissé à 10 % ». C’est un plancher, pas une obligation. Le ministère explique vouloir tenir compte « des contextes locaux pour la définition des seuils d’arrachages et des calendriers de traitements ». Concrètement, une région où la maladie progresse vite pourra frapper plus fort, une autre rester proche de la règle actuelle.
Une chose ne change pas : le délai. L’arrachage doit être fait au plus tard le 31 mars de l’année qui suit la découverte de la maladie ou le dépassement du seuil. Les ceps reconnus malades restent, eux, à arracher un par un, quel que soit le taux de la parcelle.

Notre calcul : combien de ceps malades avant l’arrachage
Un pourcentage parle peu à qui n’a jamais compté des pieds de vigne. L’annexe 3 du projet donne la formule officielle : quand les symptômes se cumulent sur plusieurs campagnes, le taux se calcule à partir du nombre de ceps symptomatiques relevés chaque année, rapporté à la surface et aux distances de plantation. Lors de la découverte d’un foyer, il se calcule sur les ceps vivants de la parcelle. Autrement dit, pour le cumul sur plusieurs campagnes, c’est un pourcentage rapporté à la densité de plantation théorique, calculée à partir de la surface et des écartements. Nous l’avons appliqué à un hectare, pour trois écartements courants.
| Plantation (rangs × pieds) | Pieds par hectare | Arrachage à partir de (20 %, règle actuelle) | Arrachage au-delà de (10 %, plancher du projet) |
|---|---|---|---|
| 2,5 m × 1 m | 4 000 | 800 ceps ou plus | plus de 400 ceps |
| 2 m × 1 m | 5 000 | 1 000 ceps ou plus | plus de 500 ceps |
| 1,5 m × 0,9 m (vigne étroite) | environ 7 400 | 1 482 ceps ou plus | 741 ceps ou plus |
Calcul Vinabox : pieds par hectare = 10 000 m² divisés par la surface occupée par un pied (écartement entre rangs × écartement sur le rang). Le seuil correspond au cumul des ceps symptomatiques sur trois campagnes au plus, selon l’annexe 3 du projet d’arrêté. Les écartements sont des exemples, pas des règles d’appellation.
Prenons un cas concret. Un vigneron repère chaque année 200 nouveaux ceps malades sur un hectare planté à 5 000 pieds, trois années de suite. Cumul : 600 ceps distincts, soit 12 %. Avec la règle actuelle, si ces 600 ceps sont comptés sur la même parcelle pendant trois campagnes consécutives, il les arrache et garde sa parcelle. Si son préfet fixe le seuil à 10 % et que ces ceps sont répartis sur tout l’hectare, c’est la parcelle entière qui doit être arrachée. Entre ces deux issues, il y a plusieurs années de récolte et le coût d’une replantation.

Deux régimes : éradiquer ou contenir
L’autre nouveauté de fond est l’intégration au cadre national d’un régime « d’enrayement », déjà appliqué en Nouvelle-Aquitaine par arrêté préfectoral. Le règlement d’exécution européen 2022/1630 prévoit déjà ce cas, et sa modification de février 2025 a fait passer une partie du vignoble de Nouvelle-Aquitaine dans cette catégorie, l’objectif d’éradication y étant jugé « inatteignable », selon la page du ministère.
Dans les zones infectées, le projet maintient l’arrachage de la parcelle dès que le taux atteint 20 % (article 19). Les propriétaires de vignes, hors particuliers, doivent en revanche surveiller leurs parcelles à leurs frais, dans le cadre d’un plan d’action collectif pluriannuel validé par le préfet. Selon l’article 16 du projet, un bilan annuel de ce plan est transmis à la DRAAF au plus tard le 30 janvier de l’année suivante. Le message est clair : là où l’on ne peut plus gagner, on organise la défense, et c’est aux vignerons de la tenir.
À l’inverse, le projet crée une liste de zones exemptes, définies comme des zones où l’absence de flavescence dorée a été démontrée. La liste de l’annexe 1 est courte : le Bas-Rhin, et le Haut-Rhin sauf la commune de Turckheim. Les deux départements de l’Alsace figurent donc dans cette liste, même si la DRAAF Grand Est y délimite encore des zones de lutte. La menace pèse sur bien d’autres vignobles, comme le rappelaient déjà la réserve solidaire créée en Champagne et la mobilisation du vignoble de Chinon cet été.

Pépinières et insecticides : ce qui change en amont
La maladie voyage aussi avec les plants. Le Conseil d’État avait enjoint au ministère, par une décision du 28 juin 2023, de mettre l’arrêté de 2021 en conformité avec les règles européennes sur la circulation du matériel de multiplication. Selon les articles 22 à 24 du projet, les pépinières et les vignes-mères réalisent des prospections exhaustives chaque année, sous le contrôle de FranceAgriMer, et une surveillance officielle des vignes sur 20 mètres autour des sites de production, 40 mètres pour les vignes-mères de porte-greffes. Ces dernières reçoivent quatre traitements par campagne contre l’insecte vecteur, trois si le pulvérisateur est à rampe.
Côté vignoble, la lutte contre la cicadelle reste obligatoire sauf si un piégeage validé par les services de l’État prouve son absence. Le projet reprend la possibilité, déjà ouverte par l’arrêté de 2021, de recourir à des « moyens de lutte appropriés, autres que les produits phytopharmaceutiques ». Un point suivi de près par les vignerons en bio, qui voient d’un mauvais œil les traitements systématiques.
Ce que ça change pour vous
Dans votre verre, rien tout de suite. Mais la flavescence dorée fait partie des raisons pour lesquelles des vignes disparaissent, en plus de l’arrachage aidé de 2026. Un seuil plus bas veut dire plus de parcelles arrachées à court terme dans les régions qui choisiront 10 %, en échange d’une chance de stopper la maladie avant qu’elle ne gagne un territoire entier.
Mon avis : abaisser le plancher sans l’imposer est un compromis prudent, mais il déplace la décision difficile vers les préfets, qui devront arbitrer entre vignerons pressés de sauver leur récolte et voisins qui craignent la contagion. La consultation a d’ailleurs connu un raté : la page du ministère indiquait que le formulaire de contribution était momentanément inaccessible et que la période serait prolongée pour respecter la durée minimale prévue. Le texte final pourrait donc encore bouger. Pour comprendre ce que la crise fait déjà au paysage, relisez notre enquête sur les vignes arrachées laissées en friche en Gironde. Et pour soutenir des vignerons en goûtant leurs vins, les box vin font découvrir des domaines qu’on ne trouve pas en grande surface.
Questions fréquentes sur le seuil d’arrachage de la flavescence dorée
Quel est le seuil d’arrachage pour la flavescence dorée en 2027 ?
Selon le projet d’arrêté soumis à consultation en octobre 2026, une parcelle ou une partie de parcelle est arrachée au-delà d’un taux de ceps atteints compris entre 10 et 20 %, cumulé sur trois campagnes au plus. Le préfet de région fixe la valeur exacte. En zone d’enrayement, le seuil reste à 20 %.
Quand le nouvel arrêté flavescence dorée s’applique-t-il ?
Le projet prévoit une entrée en vigueur le 1er janvier 2027, date à laquelle l’arrêté du 27 avril 2021 serait abrogé. Le texte n’est pas encore publié au Journal officiel.
Quelles régions sont exemptes de flavescence dorée ?
L’annexe 1 du projet ne liste que le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, à l’exception de la commune de Turckheim. Dans ces zones, certaines obligations de surveillance et de traitement des pépinières ne s’appliquent pas.
Sources : ministère de l’Agriculture, consultation publique sur le projet d’arrêté abrogeant et remplaçant l’arrêté du 27 avril 2021, page datée du 26 octobre 2026, et projet d’arrêté NOR AGRG2617732A ; Vitisphere, « Flavescence dorée : le seuil d’arrachage bientôt abaissé à 10 % de ceps contaminés », 30 octobre 2026 ; Vinetur, 9 octobre 2026 ; règlement d’exécution (UE) 2022/1630. Image principale : vigne atteinte de flavescence dorée, Sabrina Herndl-Lanz, Wikimedia Commons, CC BY 2.0 AT. Dans l’article : feuilles rougies et rameau atteint, Josef Klement, Wikimedia Commons, CC BY 2.0 AT ; Scaphoideus titanus, Yerpo, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
À lire aussi
Foire aux vins Leclerc 2026 : catalogue, dates et notre sélection vérifiée
Cognac demande 250 millions d’euros à l’État pour financer ses surstocks, Boinaud passe sous sauvegarde
Halloween dans les vignes de Faugères : Hallowine revient à Laurens les 30 et 31 octobre
Foire aux vins Auchan automne 2026 : dates, catalogue et pépites de vignerons sous 10 €
Qui est Romy Castel ? Portrait de l héritière discrète du géant du vin français
Les vignes qui traversent les murs : le Clos Cristal de Saumur-Champigny change de mains






Connexion rapide pour commenter :