L'essentiel en 30 secondes
- La Bourgogne a vendangé plus tôt que jamais en 2026 : dès le 8 août pour le crémant, et tout était rentré avant la mi-septembre.
- La récolte recule d’environ 30 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Le chiffre officiel tombera mi-novembre.
- La qualité, elle, s’annonce exceptionnelle : raisins sains, jus concentrés, arômes « explosifs » selon l’interprofession.
- Malgré la pénurie, le Comité des vins de Bourgogne demande aux domaines de ne pas augmenter leurs prix, car les ventes de rouge reculent.
- Les grands crus de Côte-d’Or perdent 12 % de ventes sur un an, pendant que le crémant de Bourgogne gagne 6,5 %.
Petite récolte, grand millésime, et des prix qui ne devraient pas s’envoler. C’est le message qu’ont fait passer les deux coprésidents du Comité des vins de Bourgogne (BIVB), Michel Barraud et Laurent Delaunay, lors de leur conférence de rentrée du 23 septembre à la Cité des climats et vins de Beaune. D’habitude, quand la Bourgogne manque de vin, les étiquettes grimpent. Cette fois, l’interprofession demande explicitement aux vignerons de ne pas le faire.
Le bilan s’appuie sur le communiqué officiel du BIVB, sur les chiffres présentés à la presse et relayés par Le Bien Public, et sur l’entretien de Laurent Delaunay avec ICI Bourgogne (France Bleu).

Un millésime « jamais vu », du gel à la canicule
Tout est allé très vite en 2026. Après un hiver doux et très pluvieux, surtout en février, les sols étaient bien rechargés en eau. La vigne s’est réveillée dès la mi-mars, avec un débourrement moyen atteint le 28 mars, proche de 2020. Quelques gelées nocturnes ont ensuite causé des dégâts localement importants.
À partir de Pâques, la chaleur a relancé la pousse. Fin avril, les vignes avaient près de 20 jours d’avance sur la moyenne des vingt dernières années. La floraison a été éclair : premières fleurs le 22 mai, mi-floraison le 27 mai sur tout le vignoble. Le choc entre les Saints de glace et la chaleur a provoqué beaucoup de coulure, surtout sur les cépages blancs, avec des pertes parfois lourdes.
L’été a enchaîné les canicules. Le BIVB compte une soixantaine de jours au-dessus de 30 °C, des pointes proches de 39 °C à l’ombre et un déficit de pluie de 44 % sur quatre mois. Les baies ont commencé à changer de couleur dès la fin juin, du jamais vu. Seule bonne nouvelle de cette chaleur sèche : aucune maladie, et un état sanitaire que l’interprofession qualifie d’irréprochable.
Des vendanges bouclées avant la mi-septembre
Une nouvelle canicule début août a précipité la maturité. Le Mâconnais a lancé les vendanges du crémant de Bourgogne dès le 8 août, les vins tranquilles ont vraiment démarré au lendemain du 15 août, et beaucoup de domaines avaient terminé avant la fin du mois. Certains ont récolté de nuit pour garder la fraîcheur des raisins. En Côte-d’Or, les dernières grappes sont rentrées entre le 10 et le 12 septembre.
Pour les parcelles tardives, la petite baisse des températures et les quelques pluies de fin août ont été une aubaine : un peu plus de jus, une maturité complète. Sur le reste, les raisins sont petits, faute d’eau. D’où ce constat unanime : « Nous aurons une très petite récolte », résume Laurent Delaunay. Michel Barraud la voit « peut-être légèrement supérieure à celle de 2021, mais guère plus ». Pour mémoire, 2021 avait été ravagé par le gel. À l’échelle nationale, la vendange 2026 s’annonce la plus faible depuis 1957, la Bourgogne ne fait pas exception.
Côté qualité, en revanche, les mots sont forts. Le BIVB parle d’« une explosion de saveurs », avec des jus riches mais équilibrés, des couleurs denses et une grande pureté aromatique. Michel Barraud insiste sur la fraîcheur des blancs et sur des marqueurs de terroir bien présents malgré la chaleur. Nous l’avions pressenti fin août : là où la grêle n’était pas passée, le Bourgogne 2026 se concentrait comme en 1976.

Pourquoi l’interprofession freine sur les prix
La règle habituelle en Bourgogne est simple : moins de vin, prix plus hauts. Le BIVB ne veut pas la rejouer. « On a eu l’expérience du millésime 2021 qui nous a échaudés, car on a perdu des parts de marché avec l’augmentation des prix », explique Laurent Delaunay, négociant dans les Hautes-Côtes de Nuits, à ICI Bourgogne. À l’époque, les bourgognes avaient le vent en poupe. « Aujourd’hui, le marché est atone, avec des problèmes de pouvoir d’achat et une baisse de la consommation au niveau mondial, donc on encourage tout le monde à être très raisonnable cette année. »
Michel Barraud, vigneron à Sologny dans le Mâconnais, donne des repères concrets : des bourgognes aligotés à 7 ou 8 euros, des mâcon-villages entre 8 et 10 euros, jusqu’à 20 euros pour des cuvées parcellaires de saint-véran. « On va tenir compte de l’inflation pour rester vivants, mais nos prix ne bougeront pas beaucoup. »
Reste une nuance importante : l’interprofession conseille, elle ne fixe pas les prix. Chaque domaine et chaque maison de négoce décidera seul. Les très grands noms, dont les volumes sont déjà limités, ne suivront pas forcément.
Rouges en recul, blancs et crémant qui tiennent
Cet appel à la modération s’explique par les chiffres de vente, présentés le même jour. Entre fin juillet 2025 et fin juillet 2026, les ventes de vins tranquilles en bouteilles reculent de 1,3 %. Mais les couleurs ne vivent pas la même année.
| Catégorie (12 mois à fin juillet 2026) | Évolution des ventes |
|---|---|
| Vins blancs (116 millions de bouteilles) | +0,4 % |
| Vins rouges | -4,9 % (-7,6 % en France) |
| Grands crus de Côte-d’Or | -12 % |
| Crémant de Bourgogne | +6,5 % (17 % des volumes, contre 12 % en 2021) |
| Export, toutes appellations | +2,3 % (un peu plus de 100 millions de bouteilles) |
La hausse des chardonnays est « en trompe-l’œil », prévient Laurent Delaunay : elle repose sur les appellations régionales bourgogne et mâcon, sur le chablis et le petit chablis. Les autres blancs reculent. Les rouges, eux, subissent « le désintérêt mondial », les petites récoltes successives et la baisse du pouvoir d’achat. Même les grands crus, censés être protégés par leur rareté, perdent 12 %.
À l’export, les États-Unis décrochent (-9,8 % en volume, -21 % en chiffre d’affaires) tout comme le Japon, quand le Royaume-Uni progresse (+13,9 % en volume) ainsi que la Chine. Le BIVB enverra fin octobre une délégation d’une douzaine de domaines à Bombay et New Delhi : l’Inde doit ramener ses taxes à l’importation de 150 % à 20 % en cinq ans.

Ce que ça change pour vous
Pour l’amateur, 2026 se présente plutôt bien. Les vins de ce millésime n’arriveront pas en rayon avant 2027 pour les blancs et crémants les plus simples, et plus tard pour les rouges de garde. D’ici là, si l’appel du BIVB est suivi, les bourgognes du quotidien devraient rester à des prix comparables à ceux d’aujourd’hui.
Trois pistes pour en profiter :
- Le Mâconnais et l’aligoté restent les meilleures portes d’entrée en Bourgogne, entre 7 et 10 euros la bouteille selon les vignerons eux-mêmes.
- Le crémant de Bourgogne, en pleine forme, reste une alternative sérieuse au champagne pour les fêtes.
- Les rouges : la baisse des ventes peut créer des occasions sur les millésimes déjà en bouteille. Un bon moment pour (re)découvrir le pinot noir bourguignon.
Pour repérer les appellations et comprendre ce qui distingue une côte de l’autre, notre guide des vins de Bourgogne fait le tour de la région. Et si vous préférez qu’on choisisse pour vous, notre comparatif des box vin recense les formules qui livrent chaque mois des bouteilles sélectionnées, Bourgogne comprise.
Questions fréquentes sur le millésime 2026 en Bourgogne
Le millésime 2026 sera-t-il bon en Bourgogne ?
Oui, selon l’interprofession. Le BIVB parle d’une qualité remarquable, avec des jus riches et équilibrés, des couleurs denses et un état sanitaire irréprochable. Les vins ne sont pas encore faits : il faudra attendre les dégustations en primeur pour confirmer.
De combien la récolte 2026 est-elle en baisse ?
D’environ 30 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années, selon les premières estimations relayées par ICI Bourgogne. L’estimation officielle de l’interprofession sera publiée mi-novembre.
Les prix des vins de Bourgogne vont-ils augmenter ?
L’interprofession demande aux domaines de ne pas compenser la petite récolte par une hausse des prix, en raison du recul des ventes. C’est une recommandation, pas une obligation : chaque producteur fixe ses prix.
Quand ont eu lieu les vendanges 2026 en Bourgogne ?
Du 8 août, dans le Mâconnais pour le crémant, jusqu’aux 10 à 12 septembre pour les dernières parcelles de Côte-d’Or. Les vins tranquilles ont vraiment démarré après le 15 août. Ce sont les vendanges les plus précoces jamais enregistrées dans la région.
Sources : communiqué du Comité des vins de Bourgogne (BIVB) du 23 septembre 2026 ; Le Bien Public (23 septembre 2026) ; ICI Bourgogne, France Bleu (24 septembre 2026). Crédits photos : image à la une, Clos de Vougeot par Michal Osmenda, Wikimedia Commons, CC BY 2.0 ; photos du corps © BIVB / Antoine Martel et © BIVB / Aurélien Ibanez.
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