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Fûts de chêne alignés dans un chai de cognac en Grande Champagne

Cognac demande 250 millions d’euros à l’État pour financer ses surstocks, Boinaud passe sous sauvegarde

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À Cognac, la richesse dort dans les chais, et c’est justement elle qui coûte. Négociants et interprofession demandent à l’État une garantie de 250 millions d’euros pour aider les maisons à financer les eaux-de-vie qu’elles ont achetées sans pouvoir les vendre. La demande a été révélée le 23 octobre par Vitisphere. Selon la filière, elle reste à ce jour sans réponse. Pendant ce temps, la maison Boinaud, l’un des plus grands domaines familiaux de l’appellation, vient de passer sous la protection du tribunal de commerce d’Angoulême.

Cognac et ses surstocks : l'essentiel

  • Le négoce et le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) demandent une garantie d’État de 250 millions d’euros sur le financement des stocks d’eaux-de-vie.
  • Ces stocks viennent d’achats faits au-delà des besoins pour soutenir les viticulteurs, alors que les ventes reculaient.
  • La filière a lancé un arrachage temporaire primé à 4 500 euros par hectare, une enquête a recensé un intérêt portant sur 2 154 hectares, et elle demande à l’État de compenser le préjudice chinois.
  • La maison Boinaud (651 hectares exploités, environ 60 millions d’euros de dettes bancaires) est placée sous sauvegarde depuis le 19 octobre.
  • Sur douze mois glissants à fin juillet, les expéditions de cognac reculent encore de 7,1 %, à 143,6 millions de bouteilles.

Pourquoi 250 millions d’euros ?

Un cognac ne se vend pas l’année de sa distillation. Il vieillit en fût de chêne au moins deux ans pour un VS, quatre ans pour un VSOP et dix ans pour un XO. Pendant tout ce temps, la maison de négoce qui a acheté l’eau-de-vie doit la payer, la stocker et financer ce stock, le plus souvent à crédit. Tant que les ventes suivent, le système tourne. Quand elles chutent, les stocks gonflent et la facture des banques aussi.

C’est ce qui s’est produit. Florent Morillon, président du BNIC, explique à Vitisphere que l’enquête antidumping chinoise et les taxes douanières de Donald Trump ont fait baisser les expéditions, et donc les besoins du négoce. « Le négoce a accepté d’acheter au-delà de ses besoins immédiats, afin de soutenir la viticulture », précise-t-il. Ces achats ont créé des surstocks, pour lesquels la filière demande aujourd’hui un soutien.

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Le Syndicat des maisons de cognac (SMC) parle d’un « dispositif temporaire de garantie des financements et refinancements des stocks d’eaux-de-vie ». Concrètement, l’État se porterait garant des prêts adossés à ces stocks, pour que les banques continuent de prêter aux maisons. Pour le SMC, c’est ce qui leur permettrait de « préserver leur accès au crédit », de continuer à acheter aux viticulteurs et d’investir pour développer leurs marchés.

Carafe de cognac De Luze XO Fine Champagne
Le cognac De Luze XO, l’une des expressions de la marque De Luze de la maison Boinaud.

Boinaud, symbole d’un négoce sous pression

Le cas de la maison Boinaud montre le problème en grand. Installé à Angeac-Champagne, en Charente, le groupe familial exploite 651 hectares, dont 601 hectares de vignes dédiées au cognac selon la maison, et possède 41 alambics. Son président, Charles Boinaud, a demandé début octobre l’ouverture d’une procédure de sauvegarde. Le tribunal de commerce d’Angoulême a ouvert le 19 octobre une période d’observation de six mois, rapporte Vitisphere.

Les chiffres donnés par la direction à Vitisphere sont brutaux. Le chiffre d’affaires du groupe est passé de 45 millions d’euros en 2023 à environ 21 millions en 2026. Selon Charles Boinaud, la marque De Luze, qui vendait 700 000 bouteilles par an, en écoule moitié moins. Toujours selon lui, la Chine pesait jusqu’à 50 % de son activité avec les vieilles eaux-de-vie, et ce marché ne s’est jamais remis du Covid. L’endettement bancaire tourne autour de 60 millions d’euros, et il sert surtout à porter un stock du même montant. « Le cognac se bonifie, mais il faut le financer », résume Charles Boinaud dans un entretien à Vitisphere.

La sauvegarde n’est pas une faillite. Elle s’adresse aux entreprises qui ne sont pas en cessation des paiements et leur permet de renégocier leurs dettes sous le contrôle du juge. Charles Boinaud assure que les contrats avec la cinquantaine de viticulteurs qui fournissent un quart de ses besoins ne sont pas remis en cause. Boinaud n’est pas isolé : Vitisphere cite aussi la réduction des achats du négoce, le redressement de la distillerie des Moisans et le litige sur les contrats d’achat résiliés par Sazerac, dont le tribunal a ordonné l’exécution.

250 M€
de garantie d’État demandée pour les stocks
2 154 ha
recensés intéressés par l’arrachage temporaire
143,6 M
de bouteilles expédiées d’août 2025 à juillet 2026
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Une filière qui attend toujours l’État

La garantie sur les stocks n’est pas la seule demande sur la table. La filière a lancé un arrachage temporaire primé à 4 500 euros par hectare ; une enquête a recensé un intérêt portant sur 2 154 hectares de vignes. Elle demande séparément à l’État une compensation du préjudice lié à l’enquête antidumping chinoise. Sur la garantie des stocks comme sur la compensation, Florent Morillon regrette auprès de Vitisphere qu’il n’y ait « aucune suite à ce jour, malgré les engagements et promesses ». Le SMC dit lui aussi rester « dans l’attente d’un retour de l’État ».

Le marché, lui, ralentit sa chute sans repartir. D’après le dernier relevé du BNIC, analysé par Caractères, les expéditions d’août 2025 à juillet 2026 atteignent 143,6 millions de bouteilles, pour un peu plus de 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le recul n’est plus que de 7,1 % sur douze mois glissants, contre 12,2 % au relevé de mai. La pente s’adoucit, mais les stocks accumulés pendant la chute, eux, sont toujours là.

Nous avions déjà raconté les effets de cette crise sur le vignoble : l’effondrement du prix des vignes, le bilan d’un an de droits antidumping chinois et le risque d’un effet domino sur les vins blancs français.

Grappes d'ugni blanc mûres sur un pied de vigne en Grande Champagne
L’ugni blanc, cépage roi du cognac, ici en Grande Champagne, le cru le plus réputé de l’appellation.

Ce que ça change pour vous

Ces stocks ne disparaissent pas : ce sont des eaux-de-vie qui continuent de vieillir dans les chais charentais. La question est de savoir qui pourra se permettre de les garder assez longtemps pour en faire des VSOP et des XO. Si les maisons manquent de crédit, certaines devront vendre en vrac ou réduire encore leurs achats aux viticulteurs, ce que la garantie demandée cherche justement à éviter.

Pour comprendre d’où vient le cognac, notre guide de l’ugni blanc explique pourquoi ce cépage acide et peu aromatique est parfait pour la distillation. Notre article sur les vendanges 2026 à Cognac présente les premières perspectives de la récolte. Et si vous préparez vos cadeaux de fin d’année, un cognac ou un vin de vigneron reste un classique des coffrets pour les clients et les équipes. Pour découvrir de nouveaux domaines chaque mois, notre comparatif des box de vin vous aide à choisir la formule qui vous convient.

Questions fréquentes sur la crise des stocks de cognac

Que demande la filière cognac à l’État ?

Le négoce et l’interprofession demandent un dispositif temporaire de garantie d’État de 250 millions d’euros sur les financements et refinancements des stocks d’eaux-de-vie. L’objectif est que les maisons gardent leur accès au crédit malgré le recul des ventes.

Pourquoi les maisons de cognac ont-elles des surstocks ?

L’enquête antidumping chinoise et les taxes américaines ont fait baisser les expéditions. Pour soutenir les viticulteurs, le négoce a quand même acheté au-delà de ses besoins immédiats, ce qui a gonflé les stocks à financer.

La maison Boinaud est-elle en faillite ?

Non. Le tribunal de commerce d’Angoulême a ouvert le 19 octobre 2026 une période d’observation de six mois dans le cadre d’une procédure de sauvegarde. Elle vise à restructurer une dette bancaire d’environ 60 millions d’euros avant toute cessation des paiements.

Les ventes de cognac repartent-elles ?

Pas encore. Selon le BNIC, les expéditions d’août 2025 à juillet 2026 s’établissent à 143,6 millions de bouteilles, en recul de 7,1 % sur douze mois glissants. La baisse ralentit par rapport au relevé de mai (12,2 %).

Sources : Vitisphere, « Cognac demande 250 millions € pour garantir ses (sur)stocks », 23 octobre 2026 ; Vitisphere, entretien avec Charles Boinaud, 13 octobre 2026 ; Vitisphere, « Mise sous protection judiciaire du premier vignoble de Cognac », 20 octobre 2026 ; Caractères, « Le repli ralentit, la casse commence à s’installer », 30 septembre 2026.

Crédits photos. Image principale : chai de vieillissement de la maison Croizet à Saint-Même-les-Carrières, Andrew Thomas, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Dans l’article : De Luze XO, ChickenFalls, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 ; ugni blanc en Grande Champagne, Andrew Thomas, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

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