En bref :
Le mercredi 10 juin 2026, une grêle violente a frappé la Côte de Beaune sans alerte préalable de Météo France. Pommard, Chassagne-Montrachet, Savigny-lès-Beaune et Aloxe-Corton comptent de 10 à 80 % de pertes selon les parcelles. Deuxième année consécutive pour certains domaines. Malgré tout, le millésime 2026 reste prometteur — les vendanges sont attendues vers le 25 août.
Mercredi 10 juin, 13h30. Le ciel bascule d’un coup au-dessus de la Côte de Beaune. Sans alerte rouge de Météo France, sans vraiment prévenir, la grêle s’abat pendant plus de quinze minutes sur les vignes qui venaient d’être qualifiées de magnifiques par les vignerons. En quelques instants, tout change.
Thomas Gouroux, conseiller viticole qui suivait les parcelles depuis plusieurs semaines, résume l’état d’esprit général d’une phrase : « Les raisins étaient magnifiques. » Un constat amer, qui dit tout de l’injustice du timing.
Les zones touchées : du nord de Pommard à Aloxe-Corton
L’épisode a balayé un arc large entre le nord de Pommard et le sud de Beaune, avant de descendre sur plusieurs communes emblématiques de la Côte. Les appellations les plus affectées sont Chassagne-Montrachet, Pommard, Savigny-lès-Beaune, Aloxe-Corton et Pernand-Vergelesses. Plus au nord, le secteur de Chaux, aux portes de Nuits-Saint-Georges, a également été touché.
Le secteur entre Beaune et Pommard enregistre les dégâts les plus sévères. Certains témoins rapportent 90 % de pertes à mi-coteau sur ce couloir précis. Mohamed Sari, chef d’équipe dans un domaine de Pommard, a décrit l’épisode sans ménagement : « 20 à 30 % de la récolte s’est envolée en cinq minutes. »
🌩️ L’épisode en chiffres
- Date : mercredi 10 juin 2026, vers 13h30
- Durée : plus de 15 minutes de chute continue
- Grêlons : environ 1 cm — suffisant pour percer les feuilles et éclater les baies
- Cumul : 28 mm entre Pommard et Beaune
- Pertes : de 10 % à 80-90 % selon les parcelles
- Stade de la vigne : fermeture de la grappe (baies de 5-6 mm)
- Alerte Météo France : aucune — épisode sans prévision
Le stade de la vigne au pire moment
Le hasard a voulu que l’épisode survienne au stade de la fermeture de la grappe — les baies atteignaient alors 5 à 6 mm. C’est précisément le moment où elles sont les plus vulnérables aux impacts mécaniques. Les grêlons d’environ 1 cm ont perforé les feuilles et éclaté les baies avec une efficacité redoutable. Les grappes non protégées par le feuillage ont commencé à brunir immédiatement après l’impact.
Le cumul de 28 mm sur la zone la plus touchée (axe Pommard-Beaune) a accentué les dégâts. Cette quantité d’eau en si peu de temps, combinée aux impacts des grêlons, a saturé les sols et créé des conditions propices aux maladies sur les baies blessées — botrytis et oïdium sont désormais les ennemis numéro un des vignerons sinistrés.

Photo : Wikimedia Commons / Megan Mallen (CC BY 2.0)
La deuxième année consécutive pour Pommard et Volnay
Ce qui aggrave la situation, c’est la répétition. Pour Pommard et Volnay notamment, c’est la deuxième année consécutive que la grêle fait des dégâts significatifs. Une succession qui épuise économiquement et psychologiquement les domaines touchés, quelle que soit leur taille. Les assurances récolte, quand elles existent, ne couvrent que partiellement ce type de sinistre à répétition.
La Côte de Beaune n’est pas la seule à subir ce phénomène. Si tu t’intéresses aux aléas climatiques sur les autres vignobles français, l’article sur le gel des Saints de Glace 2026 en Champagne dresse un tableau similaire — et dans les vignes du Muscadet, la saison est à l’inverse marquée par une précocité record.
Le millésime 2026 : abîmé mais pas mort
Ce serait une erreur de condamner le millésime 2026 trop vite. La charge en baies était exceptionnelle avant l’épisode — les conseillers viticoles parlent d’un potentiel de récolte généreux qui devrait amortir une partie des pertes à l’échelle du vignoble. Les domaines les moins touchés, ceux qui n’ont subi que 10 à 20 % de pertes, restent en position de faire un très bon millésime.
Les vendanges sont prévues vers le 25 août — soit environ sept jours plus tôt que 2025. Cette précocité, qui s’explique par un printemps chaud et une floraison rapide, donne aux vignerons moins de temps pour récupérer mais aussi moins d’exposition aux maladies d’été. Le profil du millésime 2026 en Bourgogne se dessinera dans les prochaines semaines, entre gestion sanitaire des parcelles sinistrées et surveillance du reste du vignoble.
📈 Ce que ça change pour le marché
Les prix des vignobles en Côte-d’Or atteignaient déjà 2,7 millions d’euros l’hectare en premier cru en 2025. Un sinistre climatique répété sur des appellations comme Pommard ou Chassagne-Montrachet ne fera que renforcer la pression sur les volumes disponibles — et donc, mécaniquement, sur les prix des bouteilles dans les millésimes touchés. Les amateurs qui ont des caves bien garnies peuvent souffler ; ceux qui attendaient pour acheter du 2025 ou du 2026 de ces appellations ont intérêt à anticiper.
Bilan par appellation : ce qu’on sait
| Appellation | Pertes estimées | Situation |
|---|---|---|
| Pommard / Beaune | Jusqu’à 80-90 % sur certaines parcelles | Zone la plus dévastée — 2e année consécutive |
| Chassagne-Montrachet | 30 à 60 % | Grands blancs fortement touchés |
| Savigny-lès-Beaune | 10 à 40 % | Hétérogène selon l’exposition |
| Aloxe-Corton | 20 à 50 % | Corton Charlemagne partiellement épargné |
| Pernand-Vergelesses | 10 à 30 % | Moins exposé que le couloir principal |
| Chaux (Nuits-Saint-Georges) | Variable | Touché en marge de l’épisode |
Quel impact sur les Bourgognes que tu bois ?
Pour un amateur de vin, l’épisode du 10 juin a des conséquences concrètes sur deux plans. D’abord, les volumes disponibles en 2026 sur les appellations sinistrées seront en baisse — probablement sensible pour Pommard et les blancs de Chassagne. Ensuite, si la gestion sanitaire est bien conduite, les baies restantes pourraient bénéficier d’une concentration accrue — un mécanisme bien connu : moins de fruits sur la vigne, plus de matière dans chaque baie.
La Bourgogne a déjà traversé des épisodes similaires — 2021 reste dans les mémoires pour ses gelées printanières, 2024 pour sa pression maladie record. À chaque fois, les vignerons les mieux équipés (filets anti-grêle, tailles de précision, gestion raisonnée) s’en sont mieux sortis. Le problème, c’est que ces protections coûtent cher, et que la flambée des prix des vignobles en Bourgogne rend la rentabilité des petits domaines de plus en plus fragile.
On a aussi couvert l’autre dimension de la crise climatique dans le vignoble français : les vendanges précoces en Champagne 2025, troisième millésime le plus précoce du siècle, témoignent d’une même tendance de fond — des saisons de plus en plus extrêmes, dans un sens comme dans l’autre.
Questions fréquentes sur la grêle en Côte de Beaune 2026
Quelles appellations ont été les plus touchées par la grêle du 10 juin 2026 ?
Les appellations les plus sévèrement frappées sont Pommard, Beaune, Chassagne-Montrachet, Savigny-lès-Beaune et Aloxe-Corton. Le couloir Pommard-Beaune a enregistré jusqu’à 80-90 % de pertes sur certaines parcelles à mi-coteau. C’est également la deuxième année consécutive pour Pommard et Volnay.
Le millésime 2026 en Bourgogne est-il compromis ?
Non, pas globalement. Le sinistre est réel mais localisé. La charge en baies était exceptionnelle avant l’épisode, ce qui devrait amortir les pertes à l’échelle du vignoble. Les domaines moins touchés ou épargnés restent bien positionnés. Les vendanges sont prévues vers le 25 août — soit 7 jours plus tôt que 2025.
Pourquoi la grêle est-elle aussi destructrice à ce stade de la vigne ?
Le 10 juin correspond au stade de fermeture de la grappe, quand les baies mesurent 5-6 mm. À ce moment précis, elles sont particulièrement fragiles aux chocs mécaniques. Les grêlons d’environ 1 cm suffisent à les éclater, ouvrant la porte aux maladies (botrytis, oïdium) dans les semaines suivantes.
Est-ce que la grêle va faire monter les prix des Bourgognes ?
Sur les appellations sinistrées, très probablement oui à terme. Moins de volume sur le marché + demande stable ou en hausse = pression haussière sur les prix. C’est particulièrement vrai pour Pommard et les grands blancs de Chassagne-Montrachet, qui étaient déjà sous tension avant cet épisode.
Peut-on se protéger contre la grêle dans le vignoble ?
Les filets anti-grêle sont la protection la plus efficace, mais leur coût est élevé (de 5 000 à 15 000 € par hectare selon les dispositifs). Les générateurs à air chaud et la géo-ingénierie locale (tirs de fusées anti-grêle) existent aussi, mais leur efficacité est contestée. La plupart des domaines restent encore non équipés.
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