Sur une étiquette de Volnay premier cru, le nom qui suit « Volnay » est celui d’un climat : Les Caillerets, Champans, Clos des Chênes… En Bourgogne, un climat est une parcelle de vigne nommée, avec ses limites et son caractère propre. Volnay en compte 29 classés en premier cru, et aucun grand cru[1].
Beaucoup de ces noms sont bien plus vieux que l’appellation. Les ducs de Bourgogne possèdent des vignes en Taille-Pieds dès 1295, le roi en a 42 ouvrées en Champans en 1507[2], et en 1728 on désigne déjà Champans comme le lieu des vins les plus fins de Volnay[3]. Voici, climat par climat, ce qu’on sait de leur passé. Pour l’histoire du village lui-même, lis notre histoire du vin de Volnay.
Une carte ancienne face aux 29 noms actuels
La liste des 29 premiers crus figure dans le cahier des charges de l’appellation[1]. Elle mêle de grands lieux-dits, comme Champans, et des clos, des vignes à l’origine entourées de murs. Elle ne donne pas la surface de chacun : le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) n’en publie que le total, 125,88 hectares en production en 2022[4].
Le premier classement détaillé date de 1855. Jean Lavalle, dans son histoire des grands vins de la Côte-d’Or, range les vins de Volnay en « cuvées », de la tête de cuvée, tout en haut, jusqu’à la quatrième cuvée. Il met en tête les Caillerets et les Champans[5].
En 1861, le Comité d’agriculture de Beaune classe à son tour les vignes de Volnay, en trois classes cette fois, et en dresse la carte[6]. Un même lieu y est parfois partagé entre deux ou trois classes, selon les parcelles[7].

Les 29 premiers crus de Volnay
Le tableau donne, pour chaque premier cru actuel, la plus ancienne mention retrouvée, son rang chez Lavalle en 1855 et sa classe en 1861. Une ouvrée, l’ancienne mesure des vignerons bourguignons, vaut environ 4,3 ares. Quand un nom ancien ressemble seulement au nom actuel, le tableau l’indique : cela ne prouve pas qu’il s’agisse de la même vigne.
| Climat actuel[1] | Première mention retrouvée | Lavalle, 1855[5] | Classe en 1861[6][7] |
|---|---|---|---|
| Carelle sous la Chapelle | 1855 : avec Rougiots[5] | 1re cuvée* | 1re ; Carelles Dessous : 1re et 2e |
| Champans | 1507 : Champans[2] | Tête de cuvée | 1re |
| Clos de l’Audignac | Non retrouvé | Non nommé | Non nommé |
| Clos de la Barre | 1855 : La Barre[5] | 1re cuvée* | La Barre : 1re |
| Clos de la Bousse-d’Or | 1855 : En Bouze-d’Or[5] | 1re cuvée* | Bousse-d’Or : 1re |
| Clos de la Cave des Ducs | Non retrouvé | Non nommé | Non nommé |
| Clos de la Chapelle | 1816 : « la Chapelle », nom proche[9] | Non nommé | Non nommé |
| Clos de la Rougeotte | Non retrouvé | Non nommé | Non nommé |
| Clos des 60 Ouvrées | Non retrouvé | Non nommé | Non nommé |
| Clos des Chênes | 1855 : Clos-des-Chênes[5] | 2e cuvée | 1re, 2e et 3e |
| Clos des Ducs | Non retrouvé | Non nommé | Non nommé |
| Clos du Château des Ducs | Non retrouvé | Non nommé | Non nommé |
| Clos du Verseuil | 1861 : En Verseuil, nom proche[6] | Non nommé | En Verseuil : 1re |
| En Chevret | 1855 : En Chevret[5] | 1re cuvée* | 1re |
| Frémiets | 1855 : En Fremiers[5] | 1re cuvée* | Fremiet : 1re |
| Frémiets – Clos de la Rougeotte | Non retrouvé | Non nommé | Non nommé |
| La Gigotte | 1855 : La Gigotte[5] | 3e cuvée | 1re, 2e et 3e |
| Lassolle | 1861 : Lassolle[6] | « L’Assole », identité incertaine | 2e et 3e |
| Le Ronceret | 1855 : Les Roncerets[5] | 2e cuvée | En Ronceret : 1re |
| Le Village | 1861 : Village-de-Volnay[6] | Non nommé | 1re, 2e et 3e |
| Les Angles | 1855 : Angles et Pointe-d’Angles[5] | 1re cuvée* | Angles : 1re |
| Les Brouillards | 1855 : En Brouillard[5] | 2e cuvée | 1re et 2e |
| Les Caillerets | 1340 : Cailleret[2] | Tête de cuvée | 1re |
| Les Lurets | 1507 : Luret[2] | 3e cuvée | 1re, 2e et 3e |
| Les Mitans | 1855 : Les Mitans[5] | 1re cuvée* | 1re |
| Pitures Dessus | 1855 : Pitures-Dessus[5] | 3e cuvée | 1re, 2e et 3e |
| Robardelle | 1855 : La Robardelle[5] | 2e cuvée | 1re et 2e |
| Santenots | 1816 : Santenots à Meursault[10] | Hors tableau Volnay | Sur Meursault, hors plan de Volnay |
| Taille Pieds | 1295 : Taille-Pieds[2] | 2e cuvée | 1re, 2e et 3e |
* Après ses deux têtes de cuvée, Lavalle poursuit sa liste sans lui donner de titre : ces noms forment en pratique sa première cuvée.
Dix climats de près
Les Caillerets
Les Caillerets apparaissent dès le XIVe siècle. Les ducs y possèdent cinq ouvrées en 1340, le roi neuf en 1507, selon les inventaires que reproduit Lavalle[2]. Le marchand de vin André Jullien, dans sa Topographie de tous les vignobles connus publiée en 1816, les compte parmi les meilleurs crus de Volnay[9]. En 1855, Lavalle les place en tête de cuvée : 14,4 hectares répartis entre trois Cailleret, avec parmi les propriétaires Bichot, Bouchard et l’Hospice de la Charité de Beaune[5].

Champans
Champans traverse tous ces textes. Le roi y possède 42 ouvrées en 1507[2]. En 1728, Claude Arnoux, dans sa Dissertation sur la situation de la Bourgogne, écrit que « les plus fines cuvées se tirent d’un canton de vignes qu’on appelle Champan »[3]. Jullien le distingue en 1816[9], Lavalle le met en tête de cuvée en 1855[5], et le comité le classe entièrement en première classe en 1861[6].

Clos des Chênes
Aujourd’hui premier cru, le Clos des Chênes n’était qu’en deuxième cuvée pour Lavalle en 1855, sur 16,3 hectares[5]. En 1861, le comité le partage entre ses trois classes[6][7].
Taille Pieds
Taille Pieds est le plus ancien nom attesté de la liste : les ducs de Bourgogne y ont des vignes dès 1295. Le terrier royal de 1507, le registre des terres du roi, y compte cinq ouvrées[2]. Lavalle le range en deuxième cuvée en 1855[5], et le comité le partage entre ses trois classes en 1861[6][7].
Santenots
Les Santenots sont un cas à part. Ces vignes sont sur la commune de Meursault, mais leurs vins rouges ont droit à l’appellation Volnay premier cru[1][4]. Jullien les citait déjà en 1816 et les comparait aux Caillerets, dont ils ne différaient selon lui que par plus de corps et une meilleure garde[10]. Situés hors de la commune, ils ne figurent pas dans le classement de Volnay de 1861[6].
Clos des Ducs
Le Clos des Ducs porte le nom des ducs de Bourgogne, qui possédaient des vignes à Volnay dès le XIIIe siècle[2]. Pourtant, aucun des textes anciens consultés ne le nomme : il n’apparaît ni dans les listes ducales, ni chez Lavalle, ni sur la carte de 1861[6]. Deux autres premiers crus portent un nom voisin, le Clos de la Cave des Ducs et le Clos du Château des Ducs[1].
Clos de la Bousse-d’Or
Le Clos de la Bousse-d’Or apparaît chez Lavalle en 1855 sous la forme « En Bouze-d’Or », pour un peu moins de 2 hectares[5], et en première classe en 1861[6]. Les listes ducales de 1295 et 1340 mentionnent une « Bousse-Tourte »[2] : le nom est proche, mais rien ne prouve que ce soit le même lieu.
Frémiets
Lavalle écrit « En Fremiers » en 1855, pour 6,5 hectares[5], et la carte de 1861 « Fremiet », en première classe[6]. La liste actuelle distingue deux premiers crus : Frémiets, et Frémiets – Clos de la Rougeotte[1].
En Chevret
En Chevret figure chez Lavalle en 1855[5] et en première classe en 1861[6]. Les listes plus anciennes citent un « Chevrey » en 1295, un « Clou-Chevrier » en 1340 et un « Clos-Cherrey » en 1507[2] : des noms proches, sans preuve qu’il s’agisse de la même vigne.
Les Brouillards
Les Brouillards, « En Brouillard » chez Lavalle, sont en deuxième cuvée en 1855, sur 6,8 hectares[5], puis partagés entre la première et la deuxième classe en 1861[6][7].
Les autres premiers crus
Carelle sous la Chapelle, Les Angles et Les Mitans suivent directement les têtes de cuvée dans la liste de Lavalle[5], et ils sont en première classe sur la carte de 1861[6][7].
Le Ronceret et Robardelle sont en deuxième cuvée chez Lavalle, La Gigotte, Les Lurets et Pitures Dessus en troisième[5]. En 1861, le comité met Le Ronceret en première classe et partage les autres entre deux ou trois classes[6][7]. Les Lurets apparaissent dès 1507, avec seize ouvrées dans le terrier royal[2].
Lassolle et le Clos du Verseuil avaient d’autres orthographes : Lavalle écrit « L’Assole » et « En Verneuil »[5]. En 1861, le comité classe Lassolle en deuxième et troisième classe, Le Village dans les trois, et En Verseuil en première[6][7].
Enfin, neuf clos n’apparaissent pas sous leur nom actuel dans les textes de 1855 et de 1861 : Clos de l’Audignac, Clos de la Barre, Clos de la Cave des Ducs, Clos de la Chapelle, Clos de la Rougeotte, Clos des 60 Ouvrées, Clos des Ducs, Clos du Château des Ducs, et Frémiets – Clos de la Rougeotte[1]. Lavalle cite bien « La Barre »[5] et Jullien « la Chapelle »[9], sans qu’on sache s’il s’agit des clos d’aujourd’hui.
Quand deux noms se ressemblent
Un nom ancien qui ressemble à un nom actuel ne suffit pas à dire que c’est la même vigne. Les inventaires d’autrefois donnent un nom et une surface, rarement des limites[2]. Pour affirmer que la « Bousse-Tourte » de 1295 est l’actuelle Bousse-d’Or, ou que « Chevrey » est En Chevret, il faudrait un plan ou un acte qui relie les deux.
Questions fréquentes sur les premiers crus de Volnay
Combien Volnay compte-t-il de premiers crus ?
Vingt-neuf, selon le cahier des charges de 2026[1]. Certains sont des clos, d’autres de grands lieux-dits.
Pourquoi n’y a-t-il pas de grand cru à Volnay ?
L’appellation ne prévoit que deux niveaux : Volnay et Volnay premier cru[1]. Quand l’abbé Étienne Bavard, curé de Volnay, parlait en 1887 des « grands crus » du village, il désignait simplement les meilleures vignes du coteau[11].
Pourquoi les Santenots portent-ils le nom de Volnay s’ils sont à Meursault ?
Parce que le cahier des charges inclut ces vignes de Meursault dans l’aire de Volnay premier cru, pour les vins rouges[1][4].
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.






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