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Rangs de vigne sur sol sec sous un ciel chargé au Warwick Wine Estate, à Stellenbosch, en Afrique du Sud

El Niño pourrait devenir exceptionnel : la NOAA alerte, les vignerons du Chili, de Californie et d’Afrique du Sud se préparent

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Les vignerons de Napa, de la vallée centrale du Chili, de Stellenbosch ou du sud de l’Australie ont un nouveau sujet de conversation, et il ne se trouve pas dans leurs vignes mais au milieu du Pacifique. Le 8 octobre, l’agence météorologique américaine (NOAA) a confirmé qu’El Niño continuait de se renforcer, avec une forte probabilité que son indice RONI, calculé sur trois mois, dépasse tous les niveaux relevés depuis 1950. Le magazine professionnel américain SevenFifty Daily a interrogé des professionnels de la vigne et du vin dans quatre pays sur la façon dont ils s’y préparent, des témoignages repris par le site spécialisé Vinetur. Pour nous, amateurs français, l’enjeu est concret : ce sont les millésimes 2027 de l’hémisphère sud, ceux qui arriveront sur nos tables dans un ou deux ans, qui se jouent ces prochains mois.

El Niño et le vin : l'essentiel

  • La NOAA estime à 83 % la probabilité que son indice El Niño atteigne au moins +2,5 °C sur octobre-décembre 2026, un niveau supérieur à tous les épisodes relevés depuis 1950.
  • En Californie, les vignerons de Napa et de Santa Barbara surveillent les pluies d’hiver et le risque d’érosion.
  • Au Chili, selon Concha y Toro, la pluie est bienvenue, sauf si elle tombe autour des vendanges (février à avril), et le ciel couvert peut retarder la récolte.
  • En Australie et en Afrique du Sud, la chaleur inquiète ; le risque de manque d’eau dépend des régions.
  • Prochain bulletin de la NOAA : le 12 novembre 2026.

Cavaliers sur une route bordée de vignes au domaine Casa Silva, dans la vallée de Colchagua au Chili
Le vignoble Angostura du domaine Casa Silva, dans la vallée de Colchagua. Au Chili, El Niño rime souvent avec pluie et ciel plus couvert.

Ce que dit vraiment le bulletin de la NOAA

El Niño, c’est le réchauffement des eaux de surface dans le Pacifique équatorial, qui se produit quand les alizés faiblissent. Pour confirmer les conditions El Niño, la NOAA recherche notamment une anomalie relative d’au moins +0,5 °C sur un mois dans la zone de référence dite Niño 3.4, prévoit que son indice RONI atteindra ce seuil sur trois mois et vérifie la réponse de l’atmosphère. Celui-ci a été officialisé dès le 11 juin, rappelle Vinetur. Depuis, il n’a cessé de gonfler.

Dans son bulletin du 8 octobre 2026, le centre de prévision climatique de la NOAA relève des anomalies de température dépassant +4 °C dans certaines zones du Pacifique oriental, et +2,1 °C dans la zone Niño 3.4. Ses modèles prévoient un renforcement jusqu’à la fin de l’année. Selon la NOAA, la probabilité que son indice officiel (le RONI) atteigne au moins +2,5 °C en moyenne sur trois mois, un niveau supérieur à tous les épisodes relevés depuis 1950, est de 54 % pour septembre-novembre, 83 % pour octobre-décembre et 70 % pour novembre-janvier.

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+2,1 °C
anomalie mesurée en zone Niño 3.4 (bulletin du 8 octobre)
83 %
probabilité d’un indice RONI d’au moins +2,5 °C sur octobre-décembre 2026
1950
année depuis laquelle aucun épisode n’a atteint ce niveau

La NOAA reste prudente sur les conséquences : avec un épisode de cette ampleur, les effets typiques d’El Niño deviennent plus probables, « mais pas garantis ». C’est exactement ce que disent les vignerons interrogés : El Niño ne produit jamais le même résultat d’un pays à l’autre, ni même d’une vallée à l’autre.

En Californie, on prépare les sols à la pluie

À Santa Barbara, Marshall Miller, directeur des opérations de Thornhill Companies (propriétaire du célèbre Bien Nacido Vineyard), constate que les eaux chaudes sont arrivées plus tôt que prévu, avec de l’humidité dès cette année. Il s’inquiète de la dormance de la vigne si l’hiver n’est pas assez froid, mais c’est surtout la forme des pluies qui compte : des précipitations régulières aideraient les racines à descendre et rechargeraient les sols, alors que des orages courts et violents feraient ruisseler l’eau, avec un risque d’inondations, d’érosion, voire de glissements de terrain sur les coteaux.

Plus au nord, Steve Matthiasson, vigneron à Napa, rappelle que le sud de la Californie s’attend souvent à davantage de pluie en année El Niño, tandis que le nord reste parfois sec. Cette fois, Napa se prépare à être arrosé. Dans ses vignes conduites en bio, cela veut dire épandre du compost, semer vite des couverts végétaux et poser des bottes de paille sur les zones fragiles avant les grosses pluies. Une saison de plus sous tension pour le vignoble californien, déjà secoué cet automne par la faillite de Gundlach Bundschu.

Au Chili, tout dépend du calendrier

Pour Marcelo Papa, directeur technique de Concha y Toro, El Niño apporte en général plus de pluie, ce qui est plutôt une bonne nouvelle dans un pays sec. Le danger, c’est le moment. Si l’eau tombe en février, mars ou avril, pendant ou juste avant les vendanges, elle peut abîmer les raisins. Il cite le millésime 2016, marqué par de lourdes pertes dues aux pluies de récolte.

Autre effet moins connu : la couverture nuageuse. Moins de soleil peut retarder la récolte jusqu’à deux semaines. Selon lui, cette lumière plus faible favorise plutôt les blancs, avec davantage de fraîcheur et d’acidité, alors que les rouges peinent à atteindre la même concentration. Les amateurs de carménère et de cabernet chiliens auront donc intérêt à suivre de près les bilans du printemps austral 2027.

Vignobles de Stellenbosch au pied des montagnes, en Afrique du Sud
Les vignobles de Stellenbosch, au pied des montagnes du Cap occidental. En Afrique du Sud, la filière surveille la chaleur et les réserves en eau.
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En Australie et en Afrique du Sud, la chaleur et l’eau au cœur des inquiétudes

De l’autre côté de l’océan Indien, le scénario change. Pour le viticulteur consultant australien Dylan Grigg, El Niño n’est qu’un des moteurs du climat local : deux autres phénomènes, le dipôle de l’océan Indien et le mode annulaire austral, peuvent amplifier ou atténuer ses effets, surtout dans le sud du pays. Pour octobre à décembre 2026, le Bureau australien de météorologie prévoit des températures probablement supérieures à la moyenne dans la majeure partie du pays, des pluies probablement plus abondantes dans une grande partie de l’ouest et du centre, mais moins abondantes dans certaines zones du sud-est et de l’extrême nord. Selon Dylan Grigg, des pluies d’hiver exceptionnelles pourraient en outre limiter le stress des vignes cette saison.

En Afrique du Sud, Gerard Martin, chargé de la recherche, du développement et de l’innovation chez South Africa Wine, l’interprofession sud-africaine, décrit des années El Niño aux journées plus chaudes, aux nuits fraîches et à l’eau rare. Le vignoble a retenu la leçon de la sécheresse du Cap occidental de 2015 à 2018 : avec l’université de Stellenbosch, la filière a testé modes de palissage et irrigation réduite. Selon lui, des essais menés dans le Swartland suggèrent qu’il est possible, dans certaines conditions, de préserver la récolte avec beaucoup moins d’eau. Une piste encourageante pour un vignoble connu des amateurs français pour son chenin blanc et son pinotage.

Et nous, dans notre verre ?

Aucun des vignerons interrogés ne fait de pronostic sur la qualité du millésime 2027. Ils préparent plusieurs scénarios à la fois : capter l’eau là où elle tombe, protéger les sols là où elle ruisselle, économiser chaque litre là où elle manque. Pour le commerce, prévient Vinetur, ces aléas peuvent peser sur les volumes, le style des vins et leur prix de revient, jusqu’aux distributeurs et aux consommateurs.

Cette alerte s’ajoute à une année 2026 déjà marquée par le climat en Europe, de la chaleur à Bordeaux à la forte progression de la récolte d’un vignoble suédois, en passant par les nouveaux cépages testés en France pour s’adapter. Le prochain rendez-vous est fixé : la NOAA publiera son bulletin suivant le 12 novembre. D’ici là, les shiraz australiennes et les malbecs argentins déjà en bouteille ne craignent rien, et pour varier les plaisirs sans se ruiner, une box de vin reste un bon moyen de faire le tour du monde depuis son canapé.

Questions fréquentes sur El Niño et le vin

Qu’est-ce qu’un « super El Niño » ?

El Niño est un réchauffement des eaux de surface du Pacifique équatorial. La NOAA tient compte notamment d’une anomalie relative d’au moins +0,5 °C observée sur un mois dans la zone Niño 3.4, de la perspective que le RONI atteigne ce seuil sur trois mois et de la réponse de l’atmosphère. On parle souvent de « super El Niño » au-delà de +2 °C. Le bulletin du 8 octobre 2026 estime à 83 % la probabilité que l’indice RONI atteigne au moins +2,5 °C en moyenne sur octobre-décembre, un niveau supérieur à ceux relevés depuis 1950.

Quels vignobles sont concernés par El Niño ?

Vinetur évoque des vignobles de Californie, du Chili, d’Australie et d’Afrique du Sud. Les effets diffèrent selon les régions : certains vignobles californiens se préparent à davantage de pluie, tandis qu’au Chili, tout dépendra notamment du calendrier des précipitations ; en Australie et en Afrique du Sud, la chaleur inquiète et le risque de manque d’eau varie selon les régions.

Quels millésimes risquent d’être touchés ?

Dans l’hémisphère sud, les vendanges s’échelonnent selon les régions de janvier à mai : c’est donc le millésime 2027 du Chili, de l’Australie ou de l’Afrique du Sud qui se joue cette saison. En Californie, les vignerons surveillent notamment les pluies d’hiver, leurs effets sur les sols et les réserves d’eau.

Sources : NOAA, Climate Prediction Center, ENSO Diagnostic Discussion, 8 octobre 2026 ; SevenFifty Daily, 19 octobre 2026 ; Vinetur, 20 octobre 2026. Image principale : vignoble du Warwick Wine Estate, South African Tourism, Wikimedia Commons, CC BY 2.0 (recadrée). Dans l’article : vignoble Angostura, Casa Silva, Psommaruga, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 (recadrée) ; vignobles de Stellenbosch, Matthias Bethke, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 (recadrée).



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