Les cuves sont pleines, les vignerons soufflent, et le mot qui revient est « magnifique ». Dans le Marmandais et à Pierrevert, deux caves coopératives dressent ces jours-ci un premier bilan de vendanges 2026 particulièrement précoces. Mais derrière l’enthousiasme sur la qualité, une autre phrase revient, plus inquiète : ce vin, il va falloir le vendre. C’est le résumé qu’en a fait le président de la Cave du Marmandais devant ses adhérents, rapporté par Sud Ouest, pendant qu’à Pierrevert, dans les Alpes-de-Haute-Provence, la cave Petra Viridis faisait goûter son primeur aux habitants, selon La Provence.
Le millésime 2026 vu des caves coopératives
- La Cave du Marmandais a rentré 53 800 hectolitres, un volume « un poil en dessous » d’une récolte classique.
- Son président compare la qualité au millésime 2019, « voire mieux ».
- Pour la Cave du Marmandais, le défi est commercial : selon son président, l’export et la grande distribution reculent, le circuit traditionnel résiste mieux.
- La coopérative envisage une gamme à 9 ou 10 degrés et une bulle rosée.
- À Pierrevert, la cave Petra Viridis décrit une récolte « qualitative, très précoce » et a présenté son primeur 2026 le 18 octobre.

Dans le Marmandais, « une année qui met du baume au cœur »
Le décor, c’est le traditionnel repas des vendanges de la Cave du Marmandais, le vendredi 16 octobre, à la cave de Beaupuy, en Lot-et-Garonne. Selon Sud Ouest, la coopérative compte 97 viticulteurs. Son président, Sébastien Laffargue, vigneron à Marcellus, y a livré ses premiers chiffres. Les vendanges ont été « historiquement précoces » à cause des fortes chaleurs. « Nous avons eu peur, mais c’est une année qui met du baume au cœur », résume-t-il.
En volume, la cave a rentré 53 800 hectolitres. Un niveau qu’il juge cohérent avec les cinq dernières années, pour une structure couplée à celle de la Girondaise. Il rappelle d’ailleurs que, l’an dernier, ce rapprochement a évité le pire : « Sans eux, cela aurait été catastrophique. »
Sur la qualité, le président ne cache pas son enthousiasme. Il compare 2026 au millésime 2019, « voire mieux ». Son explication tient en une phrase : « La plante a subi la chaleur, mais pas forcément la sécheresse. » Autrement dit, selon lui, la chaleur n’est pas forcément allée de pair avec un manque d’eau dans les vignes de la cave. D’autres vignobles du Sud-Ouest ont eux aussi vendangé très tôt, comme nous le racontions sur les blancs doux du Sud-Ouest vendangés dès septembre.
Le vrai défi : vendre un bon vin sans augmenter son prix
Une belle récolte ne règle rien si elle reste en cuve. Et c’est là que le discours change de ton. Selon Sébastien Laffargue, l’export et la grande distribution reculent. Le circuit dit traditionnel, celui des cavistes, des restaurants et des magasins locaux, résiste mieux : la fréquentation y est en hausse, même si le panier moyen diminue. Les clients viennent, mais ils dépensent moins.
Toujours selon le quotidien, 150 hectares de vignes de la cave ont été arrachés cette année. Ce chiffre dit beaucoup de l’état du marché. On retrouve la même tension ailleurs dans la région : à Bordeaux, le rebond de la vendange 2026 cache une récolte encore courte, et dans le Roussillon, plusieurs caves coopératives ont déjà fermé.
Le président pose le problème sans détour : « Nos charges sont en hausse, mais on ne peut pas augmenter le tarif de nos vins. » Pour autant, il refuse le fatalisme : « Faire du vin, ce n’est pas mort, il faut retrouver un certain équilibre. »
Des vins à 9 degrés et une bulle rosée pour aller chercher d’autres buveurs
Pour sortir de l’impasse, les vignerons du Marmandais réfléchissent à leur gamme. Première piste, évoquée ces derniers jours : une ligne de vins à 9 ou 10 degrés, « fraîche et dynamique ». Cette piste vise les consommateurs qui cherchent des vins moins alcoolisés, plus faciles à boire à l’apéritif. Si c’est votre style, notre sélection de vins rouges légers donne des pistes concrètes.
Deux autres signaux sont cités par la coopérative : la sangria qui se développe, et une bulle rosée « dans les tuyaux ». Rien n’est encore lancé, mais le message est clair. Pour une cave de cette taille, le millésime ne suffit plus à faire les ventes : il faut aussi des produits qui parlent à des consommateurs qui boivent moins, et autrement.

À Pierrevert, le primeur 2026 sort au marché du dimanche
Changement de décor, même constat sur la précocité. Le dimanche 18 octobre, la cave coopérative Petra Viridis de Pierrevert, la plus importante du département, a fait déguster son vin primeur 2026. Pour la première fois, la dégustation s’est tenue devant le magasin, au cœur du village, en profitant du marché dominical pour présenter aussi le reste de la gamme. Fondée en 1925, la cave a fêté son centenaire l’an dernier.
Pour Bernard Carle, viticulteur et l’un des vice-présidents de la cave, les perspectives sont encourageantes : « Nous sommes sur une récolte qualitative, très précoce. Jamais nous n’avons commencé les vendanges aussi tôt. » Une précocité qui a obligé à adapter les méthodes de récolte. Ailleurs en Provence, dans certains secteurs du Var, les vendanges ont commencé dès le 7 août et des domaines ont récolté de nuit.
Ce choix d’aller sur la place du village permet à la cave de rencontrer directement les habitants. Dans le Marmandais, c’est justement ce circuit de proximité que le président décrit comme le plus solide. Et un mois avant la sortie du Beaujolais Nouveau, le jeudi 19 novembre, ces primeurs locaux donnent un avant-goût du millésime.
Et pour vous, qu’est-ce que ça change ?
Les premiers avis de ces caves sont encourageants, mais la qualité et les prix du millésime 2026 devront être appréciés vin par vin, quand les bouteilles arriveront. Le président de la Cave du Marmandais dit ne pas pouvoir augmenter ses tarifs. Pour l’amateur curieux, des appellations moins médiatiques comme les Côtes du Marmandais ou Pierrevert méritent en tout cas d’être goûtées. Pour situer ces vignobles, nos guides des vins du Sud-Ouest et des vins de Provence sont un bon point de départ, tout comme notre guide du merlot, l’un des cépages du Marmandais. Et pour goûter des vins de petits producteurs sans courir les caves, notre comparatif des box de vin recense les formules qui en proposent.
Questions fréquentes sur le millésime 2026
Le millésime 2026 est-il un bon millésime ?
Les premiers bilans des caves sont positifs sur la qualité. Le président de la Cave du Marmandais le compare au millésime 2019, « voire mieux », et la cave Petra Viridis de Pierrevert parle d’une récolte « qualitative ». Les volumes, eux, varient selon les régions.
Pourquoi les vendanges 2026 ont-elles été si précoces ?
À cause des fortes chaleurs de l’été, qui ont accéléré la maturation des raisins. Dans le Marmandais, la récolte a été qualifiée d’« historiquement précoce », et à Pierrevert, la cave affirme n’avoir jamais commencé les vendanges aussi tôt.
Pourquoi les caves craignent-elles de ne pas vendre leur vin ?
Parce que l’export et la grande distribution reculent, selon la Cave du Marmandais. Les cavistes, restaurants et magasins locaux résistent mieux, mais le panier moyen baisse. Avec des charges en hausse et des prix difficiles à augmenter, la Cave du Marmandais envisage notamment des vins à 9 ou 10 degrés.
Sources : Sud Ouest, Carine Caussieu, 19 octobre 2026 ; La Provence, 20 octobre 2026. Image principale : bouteilles de la Cave du Marmandais, Cave du Marmandais, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 (recadrée). Dans l’article : vignoble de Pierrevert, Véronique Pagnier, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
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