La grêle du 16 juillet en Beaujolais
- Nuit du 16 au 17 juillet 2026 : une supercellule orageuse frappe le Beaujolais
- Saint-Étienne-des-Oullières : 80 à 100 % de pertes selon les premiers retours ; Fleurie et Morgon cités parmi les crus touchés, sans chiffrage
- « Des milliers d’hectares » touchés selon Inter Beaujolais ; bilan consolidé au 24 juillet : environ 5 000 hectares, 40 % du vignoble
- Chez un vigneron de Brouilly, les parcelles bien protégées par des filets anti-grêle n’ont subi aucun dégât
- Les Vignerons Indépendants réclament un plan de protection physique des vignobles de 4 milliards d’euros
Mise à jour du 12 octobre 2026. Une semaine après l’orage, le bilan consolidé faisait état d’environ 5 000 hectares touchés sur les 12 500 du vignoble, soit 40 %, dont 4 000 hectares à plus de 50 % de pertes (Vitisphere, 24 juillet). En fin de vendanges, Brouilly, la Côte de Brouilly et le secteur des Beaujolais-Villages ressortent comme les plus atteints. La récolte 2026 du Beaujolais est estimée entre 320 000 et 330 000 hectolitres, environ 10 % de moins qu’en 2025.
Correction : une version précédente de cet article attribuait à Morgon et Fleurie les 80 à 100 % de pertes relevés à Saint-Étienne-des-Oullières. Les deux crus figuraient parmi les secteurs cités au lendemain de l’orage, sans aucun chiffrage de leurs pertes. Pour la suite du millésime, voir notre page Beaujolais Nouveau 2026.
Il ne fallait pas dormir pour entendre la grêle tomber sur le Beaujolais dans la nuit du 16 au 17 juillet 2026. Une supercellule orageuse formée depuis la Loire a traversé les appellations du nord au sud, semant la désolation sur des raisins en pleine véraison. Le lendemain matin, les vignerons ont découvert des rangs hachés menu, des grappes percées, des feuilles en lambeaux. « Ce n’est pas un petit incident climatique localisé », a immédiatement prévenu Jean-Marc Lafont d’Inter Beaujolais. « On parle de milliers d’hectares. »
Une supercellule orageuse qui a tout balayé en une heure
Depuis plusieurs semaines, le Beaujolais encaissait la chaleur et la sécheresse : un millésime 2026 précoce, des vendanges annoncées dès la mi-août dans certaines régions. L’orage tropical qui s’est formé vers Villefranche-sur-Saône en soirée du 16 juillet a tout balayé en moins d’une heure. Trente millimètres de pluie, certes bienvenus pour des sols assoiffés, mais accompagnés de grêlons qui ont ravagé les grappes au pire moment : la véraison, ce stade où les baies commencent tout juste à colorer et à accumuler leurs sucres.
Au lendemain de l’orage, les premiers retours sont éloquents. À Saint-Étienne-des-Oullières, les pertes atteignent 80 à 100 % sur 300 hectares. À Vaux-en-Beaujolais (le village qui a inspiré Clochemerle à Gabriel Chevallier), entre 20 et 30 %. À Lantignié, Jean-Marc Lafont estime les dégâts sur ses propres parcelles entre 10 et 40 %. David Ratignier, vigneron à Saint-Étienne-la-Varenne, compte plus de 2 000 hectares touchés et des dégâts de 40 à 70 %. Le secteur des Beaujolais-Villages et les crus de Fleurie et Morgon sont cités parmi les zones touchées, sans chiffrage des pertes pour ces deux crus.
Pour Yannick de Vermont, président de la fédération des vignerons du Beaujolais, le mot est lâché : « C’était apocalyptique. » David Ratignier, président de l’ODG Beaujolais Villages, confirme que « les dégâts sont considérables ».
Appellation par appellation : l’état des dégâts
| Secteur | Pertes estimées | Hectares concernés |
|---|---|---|
| Saint-Étienne-des-Oullières | 80 à 100 % | ~300 ha |
| Ensemble du vignoble touché (estimation de David Ratignier, 17 juillet) | 40 à 70 % | > 2 000 ha |
| Lantignié (parcelles de Jean-Marc Lafont) | 10 à 40 % | non précisé |
| Vaux-en-Beaujolais | 20 à 30 % | non précisé |
| Bilan consolidé (24 juillet) | plus de 50 % sur 4 000 ha | ~5 000 ha (40 % du vignoble) |

Le réseau ARELFA (qui disperse des agents d’ensemencement des nuages pour briser les cumulus porteurs de grêle) a été activé cette nuit-là. Les vignerons lui attribuent d’avoir limité la casse. Sans cet outil préventif, les dégâts auraient certainement été encore plus importants dans certaines zones. Mais le réseau ARELFA ne peut pas tout arrêter, comme la nuit du 16 juillet 2026 vient de le rappeler douloureusement.
Les filets anti-grêle : le seul bouclier qui a tout stoppé
À Brouilly et Denicé, un vigneron a vécu la nuit du 16 juillet de façon radicalement différente de ses voisins. Yann Thomas avait équipé sept de ses douze hectares de filets anti-grêle. Résultat : aucun dégât sur les parcelles bien protégées, contre 50 à 70 % de pertes sur une parcelle voisine non équipée. Seule une parcelle dont le filet n’était pas fermé sur les côtés, orientée dans le sens du vent, a été touchée. « J’ai 0 impact ! Le filet fait tambour et le grêlon rebondit », témoigne-t-il.
💡 Le coût des filets anti-grêle : environ 15 000 € par hectare à l’installation, avec une subvention européenne couvrant 50 % du montant via la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Pour sept hectares, cela représente environ 52 500 € après subvention. Même avec les filets, le vigneron reconnaît qu’il reste difficile de faire les rendements.
Yann Thomas a restructuré ses vignes en semi-larges, à 2,1 m entre les rangs. Il n’a pas équipé les parcelles qu’il exploite en fermage : leurs propriétaires ne souhaitaient pas investir.
Quel impact sur le millésime 2026 en Beaujolais ?
La grêle en pleine véraison, c’est le pire scénario. Les baies blessées sont des portes ouvertes à la Botrytis cinerea (pourriture grise) si le temps reste humide dans les jours qui suivent. Les vignerons vont devoir surveiller leurs parcelles de très près et, le cas échéant, déclencher des traitements préventifs immédiats. Si le temps redevient sec (ce qui est probable en cette fin juillet 2026), le risque de pourriture sera limité.
Pour la récolte elle-même, les pertes sont nettes et irréversibles : les grappes hachées par les grêlons ne se régénèrent pas. C’est une deuxième mauvaise nouvelle pour un vignoble déjà sous pression en 2026 : après les grêles sur le Cognac les 14-15 juillet, après les 1 000 hectares touchés en Ardèche et les pertes en Pic Saint-Loup, c’est désormais le Beaujolais qui s’ajoute à la liste noire de l’été 2026.
Le contexte est celui d’un millésime record par sa précocité, avec des vendanges déjà enclenchées dans les secteurs méridionaux. Le Beaujolais espérait tirer profit d’une maturité précoce et d’une excellente santé sanitaire jusqu’ici. La nuit du 16 juillet a rebattu les cartes.
Un signal d’alarme pour toute la filière
Au-delà du Beaujolais, c’est l’ensemble de la viticulture française qui subit un été 2026 d’une violence inédite. Incendies dans le Languedoc, grêle en série de la Bourgogne au Médoc, canicule record, distillation de crise pour Bordeaux : les crises s’accumulent. Face à cette situation, les vignerons indépendants ont porté une demande chiffrée : un plan de protection physique du vignoble français de 4 milliards d’euros, prioritairement pour le déploiement généralisé de filets anti-grêle.
La réponse de l’État et de Bruxelles sera scrutée attentivement. Après un été comme celui-là, difficile d’arguer que la compensation financière après sinistre peut suffire à remettre une exploitation sur pied. Pour les amateurs de Beaujolais, la récolte 2026 sera vraisemblablement limitée en volume, mais les millésimes en petite quantité offrent parfois une concentration remarquable. Découvrez l’histoire des grands millésimes Beaujolais pour replacer 2026 dans la perspective de cette appellation résiliente.
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FAQ : Grêle sur les vignes : vos questions
La grêle peut-elle détruire définitivement une vigne ?
Rarement. La vigne est une plante robuste qui se régénère bien d’une année sur l’autre. En revanche, une grêle brutale à la véraison détruit la récolte de l’année et peut fragiliser le bois, avec des effets sur le millésime suivant. La répétition d’épisodes grêligènes sur plusieurs années consécutives est en revanche dangereuse pour la pérennité d’une exploitation.
Pourquoi la grêle est-elle particulièrement redoutée à la véraison ?
La véraison est le moment où les baies changent de couleur et commencent à accumuler sucres et anthocyanes. À ce stade, la peau du raisin est fine et vulnérable. Les grêlons percent les baies, qui ne peuvent pas se cicatriser. Les grappes blessées ne se régénèrent pas et risquent de pourrir rapidement si l’humidité suit.
Les filets anti-grêle sont-ils vraiment efficaces ?
Dans le cas de la nuit du 16 juillet en Beaujolais, Yann Thomas n’a enregistré aucun dégât sur ses parcelles bien protégées, contre 50 à 70 % de pertes sur une parcelle voisine non équipée. Les filets sont la solution la plus efficace connue à ce jour. Leur limite principale est leur coût : environ 15 000 € par hectare à l’installation, même si des subventions couvrent 50 % en Auvergne-Rhône-Alpes.
Le Beaujolais 2026 sera-t-il encore disponible malgré la grêle ?
Oui, mais en quantités réduites. Environ 40 % du vignoble a été touché, et certains secteurs présentent peu ou pas de dégâts. Les secteurs les plus touchés, comme Brouilly, la Côte de Brouilly et une partie des Beaujolais-Villages, ont produit moins. La récolte 2026 du Beaujolais est estimée entre 320 000 et 330 000 hectolitres, environ 10 % de moins qu’en 2025.
Sources : Vitisphere 107056 (17 juillet 2026) · Vitisphere 107065 (17 juillet 2026) · Vitisphere 107106 (24 juillet 2026) · Vitisphere 107439 (2 octobre 2026)
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